L’origine de la géométrie

Below are excerpts from Jacques Derrida’s L’origine de la géométrie. They will prove vital to trace virographematology that haunts nature no less than texts. The whole purpose will be to prove that Derrida’s oeuvre has been all too focused on textual imports.

L’origine de la géométrie.

Traduction et introduction par Jacques Derrida

VII

(The How of Ideality : Writing and Univocity as the Telos of Reactivation)

Un geste décisif reste à faire. A lui seul, le sujet parlant, au sens étroit du terme, est incapable de fonder absolument l’objectivité idéale du sens. 83

Il manque encore à l’objet, pour être absolument idéal, d’être libéré de tout lien avec une subjectivité actuelle en général, donc de demeurer « même si personne ne l’a effectué dans l’évidence » (O., 185-6). 84

C’est la possibilité de l’écriture qui assurera la traditionalisation absolue de l’objet, son objectivité idéale absolue, c’est-à-dire la pureté de son rapport à une subjectivité transcendantale universelle. Elle le fera en émancipant le sens à l’égard de son évidence actuelle pour un sujet réel et de sa circulation actuelle à l’intérieur d’une communauté déterminée.

C’est la fonction décisive de l’expression linguistique écrite, de l’expression qui consigne, que de rendre possibles les communications sans allucution personelle, médiate ou immédiate, et d’être devenue, pour ainsi dire, communication sur le mode virtuel. (O., 186)

Cette virtualité est d’ailleurs une valeur ambiguë : elle rend possibles du même coup la passivité, l’oubli et tous les phénomènes de crise.

Loin de faire choir à nouveau dans une histoire réale une vérité qu’on a conquise sur elle, la spatio-temporalité scripturale¾dont il va falloir déterminer l’originalité¾achève et consacre l’existence d’une pure historicité transcendantale. Sans l’ultime objectivation que permet l’écriture, tout langage resterait encore captif de l’intentionnalité factice et actuelle d’un sujet parlant ou d’une communauté de sujets parlants. En virtualisant absolument le dialogue, l’écriture crée une sorte de champ transcendantale autonome dont tout sujet actuel peut s’absenter.

A propos de la signification générale de l’έπoχή, J. Hyppolite évoque la possibilité d’un « champ transcendantal sans sujet » dans lequel « les conditions de la subjectivité apparaîtraient, et oú le sujet serait (84) constitué à partir du champ transcendantal » (1).  Il est certain que l’écriture, en tant que lieu des objectités idéales absolument permanentes, donc de l’objectivité absolue, constitue un tel champ transcendantal, et que c’est à partir de lui ou de sa possibilité que la subjectivité transcendantale peut pleinement s’annoncer et s’apparaître. Il en est bien ainsi une « condition ».

[But this scan be said only on the basis of an intentional analysis, which retains from writing only its pure relation a consciousness, which grounds it as such. Thus retaining nothing of its factuality which, left to itself, is totally without signification. And then Derrida goes on to say:]

Car cette absence de la subjectivité au champ transcendantal, absence dont la possibilité libère l’objectivité absolue, ne peut être qu’une absence factice, même si elle éloignait à tout jamais la totalité des sujets réels. Le champ de l’écriture a pour originalité de pouvoir se passer, dans son sens, de toute lecture général ; mais sans la pure possibilité juridique d’être intelligible pour un sujet transcendantal en général, et si le pur rapport de dépendance à l’égard d’un écrivain et d’un lecteur en général ne s’annonce pas dans le texte, si une intentionnalité virtuelle ne le hante pas, alors, dans la vacance de son âme, il n’est plus qu’une littéralité chaotique, l’opacité sensible d’une désignation défunte, c’est-à-dire privée de sa fonction transcendantale. (85) … le sens transcendantal de la mort …  en ce qui l’unit à l’absolu du droit intentionnel dans l’instance même de son échec.

La pureté juridique de cette animation intentionnelle […] corps linguistique ou graphique qu’il est un chair, un corps propre (Leib), ou une corporéité (85)  spirituelle (geistige Leiblichkeit) (1). (86)

Dés lors, l’écriture n’est plus seulement l’auxiliaire mondain et mnémotechnique d’une vérité dont le sens d’être se passerait en lui-même de toute consignation. Non seulement la possibilité ou la nécessité d’être incarnée dans une graphie n’est plus extrinsèque et factice au regard de l’objectivité idéale : elle est la condition sine qua non de son achèvement interne. Tant qu’elle n’est pas gravée dans le monde, ou plutôt tant qu’elle ne peut l’être, tant qu’elle n’est pas mesure de se prêter à une incarnation qui, dans la pureté de son sens, est plus qu’une signalisation ou un vêtement, l’objectivité idéale n’est pas pleinement constituée. L’acte d’écriture est donc la plus haute possibilité de toute « constitution ».  C’est à cela que se mesure la profondeur transcendantale de son historicité. (86)

[Fink’s analysis of speech in his transcript of the Origin is a fortiori true for writing :]

« Dans l’incorporation sensible advient la « localisation » et la « temporalisation » (Temporalisation) de ce qui, par son sens-d’être, est il-local et in-temporel (2). »

[3] Derrida : Sans cette identité idéale (celle les lettres et des phonèmes, par exemple) toujours visée et approchée, aucun langage sensible ne serait possible comme langage, ne serait intelligible ni ne pourrait viser des idéalités supérieures. […] chacune des deux opérations étant toujours hantée par le sens d’autre, qui s’y annonce déjà ou s’y retient encore. Par le langage, l’idéalité du sens se libère donc dans labeur même de son « enchaînement ». (87)

Ne donne-t-elle pas à penser que l’objectité idéale est pleinement constituée comme telle avant et indépendamment de son incorporation, ou plutôt avant et indépendamment de son incorporabilité ?  (88)ique

Or Husserl y insiste : … tant qu’elle ne peut être dite et écrite, la vérité n’est pas pleinement objective… Paradoxalement, c’est la possibilité graphique qui (87) permet l’ultime libération de l’idéalité. On pourrait donc presque inverser les terms de la formule de E. Fink : la non-spatio-temporalité n’advient au sens que par son incorporabilité linguistique. (87)

Que l’objectivité idéale soit radicalement indépendante de la spatio-temporalité sensible, parce qu’elle peut essentiellement informer le corps de la parole et de l’écriture et dépend d’une pure intention de langage, cela prescrit à la communication, donc à la tradition et à l’histoire pures, une sptaio-temporalité originale, échappant à l’alternative du sensible et de l’intelligible, de l’empirique et du métempirique. (88)

G. Bachelard appelle « bibliomène » cet « être du livre», cette « instance de la pensée imprimée » dont « le langage n’est pas naturel » (1). (90)

Elle [la vérité] dépend de la pure possibilité du dire et de l’écrire, mais elle est indépendante du dit et de l’écrit en tant qu’ils sont dans le monde. Si c’est donc en son langage, par lui, que la vérité souffre d’une certaine labilité, se déchéance sera moins une chute vers le langage qu’une dégradation à l’intérieur du langage. (90)

Dans les Recherches Logiques, déjà, Husserl avait reconnu l’importance et la signification difficile de ce milieu de l’écriture qu’il éclaire plus directement dans L’Origine. (2)

(2) : Husserl : « La science n’a d’existence objective que dans sa bibliographie… » … Mais cela n’interdit ni ne contredit en rien le thème ultérieur de l’écriture comme possibilité et comme condition intrinsèques des actes connaissances objective. L’Origine maintient ces deux thèmes. C’est la difficulté que nous nous efforçons d’éclairer ici. (90)

le sens est recueilli dans un signe (3) (90)

(3) : On pourrait, à partir de cette distinction, interpréter le phénomène de crise¾qui renvoie toujours, pour Husserl, à une maladie du langage¾comme une dégradation du signe-expression en signe-indice, d’une visée « claire » (klar) en un symbol vide. (91)

…l’acte d’écriture authentique est une réduction transcendantale opérée par et vers le nous. … il lui faut mettre en péril sa pure idéalité intentionnelle, c’est-à-dire son sens de vérité. … celle d’une disparition de la vérité. … ce qui s-anéantit, … [s]ans être néanmoins atteint dans son être ou dans son sens d’être. Déterminer le sens de cette « disparition » de la vérité, tel est le plus difficile des problèmes posés par L’Origine et par toute la philosophie husserlienne de l’histoire. (91)

Quelle est donc cette possibilité de disparition ? (92)

1. …écartons l’hypothèse d’une mort du sens en général à l’intérieur de la conscience individuelle.

L’évanouissement des rétentions de rétentions ne renvoie pas au néant un sens

…Husserl ne s’attache qu’à la permanence et à la présence virtuelle du sens à l’intérieur du sujet monadique, …

2. Le signe graphique, caution de l’objectivité, peut aussi s’abîmer en fait. Ce péril est inhérent à la mondanité factice de l’inscription elle-même, et rien ne peut l’en préserver définitivement. (92)

…L’extériorité corporelle…, est indispensable. (93)

…on peut écarter à son sujet la menace d’une destruction intrinsique par le corps du signe. (93)

… « exemplaires » sensibles… Sans doute serait-elle modifiée, mutilée, bouleversée en fait, peut-être disparaîtrait-elle en fait de la surface du monde, mais son sens-d’être de vérité, qui n’est pas le monde¾ni dans ce monde-ci, ni dans un autre¾resterait en lui-même intact. Il garderait sa propre historicité intrinsèque, ses propres enchaînements et la catastrophe de l’histoire mondaine lui resterait extérieure. …il oppose l’historicité interne ou intrinsèque (innere) à l’histoire externe (aussere). (94)

Si la géométrie est vraie, son historie interne doit se sauver intégralement de toute agression sensible. … L’hypothèse de la catastrophe mondiale pourrait même servir en ce sens de fiction révélatrice. (94)  NB

…On devrait donc pouvoir répéter analogiquement la fameuse analyse de paragraphe 49 des Idées…I, qui concluait à l’intangibilité de la conscience pure, après une certaine réduction éidétique-transcendantale, dans le cas d’un anéantissement du monde existant ou de la dissipation de l’expérience factice « en simulacres à force de conflits internes ». (95)

…indépendante eidetique…

Tout danger factice s’arrête donc sur le seuil de son historicité interne.

3. …mais aussi un corps propre (Leib) constituant, l’originarité intentionnelle d’un Ici-Maintenant de la vérité ?

Si l’équivocité est en fait toujours irréductible, c’est que les mots et le langage en générale ne sont et ne peuvent jamais être des objets absolus. Ils n’ont pas d’identité résistante et (106) permanente qui leur soit absolument propre. Ils tiennent leur être de langage d’une intention qui les traverse comme des méditations. Le « même » mot est toujours « autre » selon les actes intentionnels toujours différents qui en font un mot signifiant. Il y a là une sorte d’équivocité pure qui s’accroît au rythme même de la science. (107)

[Husserl vs. James Joyce which is also a kind of transcendental project.]

Mais si l’univocité est en fait toujours relative et si elle seule permet la réduction de toute culture empirique et de toute sédimentation, n’est-on pas en droit de douter de la possibilité d’une histoire pure du sens ?

Puisqu’elle est en fait irréductible, cette finitude ne devrait-elle pas fournir le véritable point de départ d’une réflexion sur l’histoire ? sans cette dissimulation essentielle des origines et dans l’hypothèse d’une réactivation toute-puissante, que serait la conscience d’historicité ? (108)

Les progrès de la science peuvent se poursuivre alors que le sens d’origine a été perdu. Mais la logicité même des gestes scientifiques, emprisonnés dans la médiateté, échoue alors en une sorte d’absurdité onirique et inhumaine. Platon n’avait-il pas décrit cette situation, lui pour qui l’éternité des essences n’était peut-être que l’autre nom d’une historicité non empirique ? « La géométrie et les sciences qui s’y rattachent », exilées loin de leurs intuitions principielles, « incapables du voir (idein) », rivées aux hypothèses tenues pour des principes, confondant le symbole avec la vérité, nous paraissent rêver (srwmen wz oneirwttousi) (Rep. VII. 533c). La question-en-retour est donc urgente qui, pour nous et par nous, réveillera la science à son sens originaire, c’est-à-dire, nous le savons, à son sens final. (110)

VIII

(Horizon : the Absolute of History, and Imaginary Variation)

Ainsi se trouvent éclairés la méthode et le sens de la question d’origine, en même temps que les conditions d’une traditionnalité de la science en gé néral. (111)

Husserl : « … structure essentielle qui doit être dévoilée par une interrogation méthodique ». (O., 199)

…sens de historicité. (112)

De ce fait, toute élucidation intra-scientifique, tout retour aux premiers axiomes, aux évidences originaires et aux concepts fondateurs, est en même temps un « dévoilement historique ».  (112)

l’Apriori universel de l’historie. (112)

….comme un vérité historique est déterminable en général. (114)

[But our objections will neither be of a classical epistemologism type nor that of a historical relativism. It is a question of a certain grammatological relativism, very unlike all earlier forms of relativism.]

H : « Nous nous sommes alors déliés de toute attache avec la monde historique, dans son sens de facticité, monde considéré lui-même comme l’une des possibilités de la pensée » (O., 209) (118)

Mais d’autre part, l’Europe a le privilège d’être le bon exemple, car elle incarne dans sa pureté le Telos de toute historicité : universalité, omnitemporalité, traditionnalité infinie, etc. ; en prenant conscience de la possibilité pure et infinie de l’historicité, elle a réveillé l’histoire à sa propre fin. (121)

IX

(The Suspension of Ideality : Scientific Study of the Life-World (Lebenswelt))

Après avoir déterminé les conditions de la traditionalité en général, on a le droit de revenir à l’une de ces traditions qui, tout à l’heure guide exemplaire, est maintenant étudiée en elle-même. (124)

C’est, en effet, par son objectivation que l’idéalité¾analysée en général et non en tant que géométrique dans la première partie du texte¾entre en tradition et peut ainsi être délivrée, puis livrée. Il fallait donc commencer par rendre compte, comme l’a fait Husserl, de l’objectivité, c’est-à-dire de l’historicité de l’obejctité idéale en général. (124)

Husserl, on s’en souvient, se demandait plus haut : comment le sens idéal, déjà constitué dans l’immanence subjective, a-t-il pu être objectivé et engagé dans l’histoire et dans le mouvement de l’intersubjectivité ? il se demande maintenant : comment, dans un moment « antérieur », l’idéalité elle-même a-t-elle pu se constituer ? (125)

Le paradoxe de leur relation mutuelle rend « énigmatiques » les deux vérités à la fois. (127)

…quand on veut se faire un chemin vers ce qu’il suppose toujours déjà : la constitution transcendantale de l’objet en général (avant l’objet idéal qui sert pourtant d’exemple-modèle pour l’objectivité), la couche anté-prédicative de l’expérience, la constitution statique et génétique de l’ego et de l’alter ego, la temporalité primordiale, etc. (128)

X

(Geography, Infinitization, and the Idea in the Kantian Sense)

…éidédtiques matérielles, puisqu’elles ont pour objet la détermination chosale [chose=thing], puis corporelle, de l’objet en général. Mais ce sont des sciences matérielles abstraitesla totalité de ses prédicats. (131)

…le proto-géomètre disposait toujours déjà de formes spatio-temporelles anexactes, de types morphologiques aux essences « vagues », pouvant toujours donner lieu à une science descriptive pré-géométrique. (131)

naïveté scientifique à considérer cette anexactitude…comme une « tare », comme une inexactitude. (132)

H : …ces simples concepts sont inexacts par essence et non par hasard ; pour cette raison également ils sont non mathématiques. [Idees… I, § 74, p. 74.] (132)

…progressivement perfectionnés…s’opère selon la gradualité qualitative de l’intuition sensible…à une fixation éidétique rigoureuse et univoque

Husserl en Origin : (avant l’apparition de l’exactitude) « à partir de la factualité, une forme essentielle se laissera reconnaître par la méthode de variation » (O., 211 [referring to his own translation further on]) (132)

Mais cette pure idéalité est d’ordre sensible et en doit soigneusement la distinguer de la pure idéalité géométrique qui est, en elle-même, déliée de toute intuitivité sensible ou imaginative. […] Une fois constitué, le mathématique pur ne serait ainsi accessible qu’à un « entendement » dont la notion n’a pas de sens technique précis chez Husserl. (133)

H : « Espace géométrique ne signifie donc pas quelque espace imaginaire » (1). (K., § 9 a, p. 22.) (134)

1. Selon Husserl au contraire [contraire Kant], c’est parce qu’elle s’est déracinée de tout sol sensible en général que l’idéalité géométrique n’est pas imaginaire. (134)

Bien que l’idéalité géométrique soit produite à partir de l’idéalité morphologique sensible, ce point de départ facto-historique est supprimé comme fondement à l’intérieur de la géométrie constituée. (134)

ne se confond pas avec l’origine de la géométrie elle-même et de toutes les possibilités qui s’y rattachent ; elle autorise seulement ce que nous appelions plus haut la « géographie ». (134)

Le sens interne de la géométrie, que nous livre une analyse statique, commande que la question d’origine de la géométrie s’arrête au sens constitué de ce qui a conditionné immédiatement la géométrie. La provenance des idéalités (134) pré-géométriques peut être laissée provisoirement dans l’ombre (1). (135)

1. C’est en commençant par thématiser directement l’imagination comme un vécu original dans sa situation, à l’aide de l’imagination comme instrument opératoire de toute éidétique, c’est en décrivant librement les conditions phénoménologiques de la fiction, donc de la méthode phénoménologique, que la trouée sartrienne a si profondément déséquilibré, puis bouleversé le paysage de la phénoménologie husserlienne et abandonné son horizon. (135)

Paradoxalement, c’est parce que l’idéalité de l’espace géométrique n’est pas

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  1. […] L’origine de la géométrie (virographematics.wordpress.com) […]

  2. […] Selección de la introducción de Jacques Derrida (1961) a El origen de la geometría de Edmund Husserl (1936), traducida por Francisco Serra Lopes (2011) […]



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